Dans la plupart des communautes creatives, quelqu'un finit par vous donner le meme conseil : imprimez votre oeuvre, scellez-la dans une enveloppe, envoyez-la vous a vous-meme, et ne l'ouvrez jamais. Le cachet postal, dit-on, prouve que vous deteniez l'oeuvre a cette date. Cela coute le prix d'un timbre, et c'est transmis depuis des decennies. Ce n'est pourtant pas la preuve fiable que la plupart des gens imaginent.
Cette idee porte un nom, le « copyright du pauvre », et ce nom trahit lui-meme le probleme. C'est une solution de contournement a laquelle on recourt parce qu'un enregistrement reel et verifiable semblait hors de portee. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, mais l'astuce de l'enveloppe continue d'etre repetee comme si elle l'etait encore.
Ce que l'enveloppe scellee prouve reellement
Un cachet postal montre qu'un service postal a traite une enveloppe a une date donnee. Il ne dit rien, en soi, sur ce que contenait cette enveloppe a ce moment-la. L'enveloppe peut etre decachetee a la vapeur puis rescellee. Le cachet postal lui-meme peut etre pale, conteste, ou, sur du courrier international, parfois depourvu du niveau de detail dont un litige aurait besoin. Personne d'independant n'a examine le contenu au moment des faits pour consigner ce qu'il etait. Si un desaccord atteint un cadre formel, une enveloppe non ouverte n'est que la parole d'une partie sur ce que contient une enveloppe non ouverte, au moment meme ou cette parole est mise en doute.
Ce n'est pas un commentaire sur l'honnetete de la personne qui envoie le courrier. C'est un probleme structurel : la methode n'a jamais ete concue pour produire un enregistrement qu'un tiers peut verifier de maniere independante. Elle produit un objet physique qui depend entierement de la confiance accordee a un processus que personne n'a observe.
Ce qui a reellement change
Selon la Convention de Berne, le droit d'auteur existe deja des l'instant ou une oeuvre est creee, dans chaque pays membre. L'astuce de l'enveloppe n'a jamais eu pour but d'etablir la propriete. Elle a toujours tente de repondre a une question plus etroite : si cela est un jour conteste, qu'est-ce qui prouve que je detenais cela a cette date ?
Un horodatage electronique qualifie repond directement a cette question. Le fichier exact, non une description de celui-ci, est hache. Ce hachage est lie a un horodatage delivre par un prestataire de services de confiance qualifie accredite, dans notre cas Swisscom Trust Services, accredite a la fois sous la ZertES en Suisse et sous eIDAS dans l'UE. En vertu de l'article 41 d'eIDAS, un horodatage qualifie beneficie d'une presomption legale d'exactitude quant a la date et l'heure qu'il affiche, et quant a l'integrite des donnees auxquelles il est lie. Cette presomption n'existait pas pour une enveloppe postee, parce que personne d'accredite ne verifiait quoi que ce soit au moment de sa creation.
Pourquoi la difference compte en pratique
L'ecart se manifeste precisement quand cela compte : un litige, des mois ou des annees plus tard. Un enregistrement numerique scelle produit un certificat que n'importe qui peut verifier de maniere independante, sans enveloppe non ouverte requise, sans confiance envers un objet physique intact. Il est lie aux octets precis du fichier, si bien qu'un seul caractere modifie brise la correspondance. Une enveloppe ne peut pas faire cette meme affirmation sur son propre contenu.
Le conseil de s'envoyer une copie n'est pas malveillant, et il n'est pas totalement inutile en tant qu'habitude. Mais le traiter comme equivalent a un enregistrement verifiable, c'est precisement la ou ce mythe cause un vrai prejudice, generalement decouvert au pire moment possible.





